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Incendie par Denis Villeneuve
« 1+1=0 » ou l ’équation parfaite pour expliquer en trois chiffres la finalité de toutes guerres civiles: le néant. Lors de l’exécution testamentaire
de leur mère, Jeanne et Simon Marwan découvrent l’existence d’un père et d’un frère à qui ils devront donner à chacun une lettre préparée par cette dernière. Pour cela, les « jumeaux » devront retourner dans un pays du Proche Orient dont on devine qu’il s’agit du Liban des années 70-80. Rien ne leur sera épargné dans cette quête initiatique qui les plongera dans le passé trouble d’une mère, à la fois victime et actrice, d’une logique destructrice.
Au travers de cette (en)quête initiatique, Denis Villeneuve exécute une allégorie remarquable de l’absurdité même de la vengeance. Allégorie d’autant plus puissante que le flou géographique, finement mis en place par Denis Villeneuve, lui donne une portée universelle…si l’Histoire du Liban vous est totalement inconnue. Ce qui n’est pas mon cas. Impossible, dès lors, de ne pas en avoir une lecture politique restrictive.
Au delà de la dénonciation évidente de l’horreur de toutes guerres civiles, Incendie est un réquisitoire féroce contre les raisons qui ont conduit les habitants de ce petit pays à s’entretuer: «l’honneur» familial, la religion, la vengeance.
Car, malheureusement, la guerre civile ne surgit jamais de manière irrationnelle. Trop facile à justifier. De nature idéologique, ethnique, religieuse, celle-ci explose toujours après un chambardement. Au Liban, les multiples vagues de réfugiés palestiniens, du fait des victoires d’Israël, ont été les détonateurs de la réaction en chaîne que l’on connaît. Même chose dans Incendie. Wahab, premier compagnon de Nawal et réfugié palestinien, n’est-il pas l’élément “perturbateur” aux yeux de la famille de Nawal qui représente la tradition sociale préétablie?
Mais ce n’est pas tout: massacres de civils par des milices confessionnelles, illustrés par la poignante et terrible scène du bus; multiples attentats terroristes, en réaction à ces meurtres de masses etc… Autant d’exemples qui démontrent, malgré les brouilles du réalisateur, l’identification de la vie de Nawal au destin du Liban de cette époque.
Ce qui m’amène à formuler ma seule critique. Est-il seulement possible que l’histoire d’une seule femme puisse englober la totalité du destin du Liban: pays multiconfessionnel sans Etat national? Ce qui expliquerait le sentiment de misérabilisme qui nous assaille à certains moments du film.