Archive for the ‘Monde’ Category
Ben Laden aurait-il pu mourir de vieillesse?
Médiatiquement, c’était il y a un siècle… Pourtant la question reste en suspens: l’ennemi public N°1 aurait-il pu échapper à la main vengeresse des États-Unis? Le dernier livre de Bob Woodward: “les guerres d’Obama” y répond.
“Vous n’avez pas la moindre idée d’où se cache l’homme le plus recherché de la planète?“. Rahm Emmanuel, encore tout récent chef de cabinet en 2009 du, non pas moins nouveau, président Obama, n’y croit pas ses oreilles: 8 ans après la chute des “twin towers”, le service de renseignements de la plus puissante nation a perdu la trace d’Oussama Ben Laden. La faute à…l’Irak selon Bruce Riedel, l’analyste le plus respecté de la CIA, qui – pour des raisons “brumeuses” – a drainé les attentions et crédits du gouvernement américain. Comme quoi, les vérités passent; les erreurs restent.
Le fiasco Ben Laden n’est cependant pas à mettre au seul crédit des fantasmes de 43rd. “Prison Break” vous l’a appris, aucun fugitif ne peut s’en sortir sans complices. Le Pakistan est cet “ami”, si indirect soit-il. Par intérêt mais aussi par faiblesse. “Je suis obsédé par l’Inde”, avoue d’Ashfaq Parvez Kayani, “l’homme le plus influent du pays” selon les militaires américains. Le rôle américain dans la région est uniquement perçu dans ce contexte. Autant dire que la stabilisation de l’Afghanistan et la menace talibane ne l’émoustille pas outre mesure. Or la marge de manoeuvre d’Al-qaeda varie en fonction de ces deux paramètres. Ajoutez la faiblesse chronique d’un État qui ne contrôle plus les territoires infestés d’islamistes: zones tribales, waziristan, vallée du SwatOn comprend, dès lors, pourquoi au Pakistan Oussama Ben Laden ait toujours été, hier comme aujourd’hui, comme un poisson dans l’eau.
Stratégie gagnante
Dès lors, Obama le comprend, il faut une nouvelle stratégie américaine dans la région. Ses conseillers à la sécurité nationale sont assaillis de questions lors de la 1ère réunion du conseil national de sécurité, sorte de conseil restreint des ministres de la défense et des affaires étrangères: “quel est notre objectif”; “ne faut-il pas se concentrer plus sur le Pakistan”; “que peut-on réussir en Afghanistan?”; “quelle est la force de frappe des talibans?” . Tout ça dans l’objectif d’attraper un homme. En tout cas, espérer.
Il faut sauver le soldat afghan. L’amitié n’a rien à voir là dedans. Mais les talibans, susceptibles de reconstruire des sanctuaires jihadistes, ne doivent pas reprendre le pouvoir. Et tant “qu’ils auront l’impression de gagner, ils ne voudront pas négocier”. 30.000 soldats sont affectés à cet objectif dont même le président ne peut être sûr qu’il puisse être rempli. Surtout avec un président afghan, Hamid Karzaï, cyclothymique et faible dont la réalité du pouvoir ne dépasse pas les alentours de Kaboul. Une sorte de “Hugues Capet” sans la dynastie qui en suit.
Mais la stabilité de l’Afghanistan n’est rien sans la coopération du Pakistan. Or l’arrivée d’Obama au pouvoir est un tournant pour les relations américano-pakistanaise. Bush, trop proche de l’ancien dirigeant Musharraf, n’a pu gagner la confiance de Zardari. Le ton du président Zardari quand le nouveau vice-président Joe Biden fait sa première tournée à Islamabad, est ferme: “il faut tuer les chefs. Vous autres, vous vous inquietez des dommages collatéraux. Moi, ils ne m’inquiètent pas”. Reste à convaincre l’ISI et son chef Kayani du bienfait des opérations. Ce que le livre de Bob Woodward ne montre pas.
Les Oussama&co sont donc pris en tenaille, entre les soldats américains en Afghanistan et les drones au Pakistan. Les talibans ne peuvent plus se reposer. D’autant plus que dorénavant l’armée pakistanaise les harcèle. Al qaeda paient encore le coup de force en 2007 des talibans dans le sud Waziristan.
Au vue du livre: “les guerres d’Obama” de Bob Woodward, on comprend pourquoi Obama a réussi en deux et demi ce que son prédécesseur n’a pas accompli en huit ans.
Déconstruction nationale pour une hypothétique démocratie mondiale
Dans son dernier livre: « Demain, qui gouvernera le monde? », Jacques Attali appelle de ses vœux à l’avènement d’un gouvernement mondial qui ordonnerait le marché qui, lui, l’est déjà depuis longtemps. Toujours selon Attali, cet organisme démocratique «ne se substituerait pas aux gouvernements», tout du moins dans un premier temps. Problématiques planétaires – finance, immigration, réseaux mafieux internationaux – pour des solutions planétaires… Dehors les États-Unis d’Amérique, l’Union Européenne, l’Union Africaine etc… place aux États-Unis de la TERRE pour le bienfait de l’humanité. George Lucas négocierait déjà les droits…
Le début du XX ème siècle correspond, pour l’ancien sherpa de François Mitterrand, à une période de « repli national »; façon élégante de rendre responsable toutes les nations du carnage de 14-18 dont sortira, fascisme, nazisme, communisme. De là, à comparer les volontés de «repli national» finlandais et européen de 2011 à la situation du vieux continent en 1913, il n’y a qu’un pas que l’honnêteté intellectuelle aurait dû empêcher de franchir…
«la guerre est une poursuite de l’activité politique par d’autres moyens»
Car le monde a bien changé en 100 ans. Bien qu’imparfaite, la coopération entre les nations ne s’est jamais aussi bien portée: ONU, FMI, OMC, MERCOSUR, ASEAN, UE? Autant de sigles qui n’existaient pas du temps de la triple entente/alliance. Mais la vérité historique, dans le cas présent, ne l’intéresse pas.
L’Histoire du XXème siècle de Raymond Aron dont la rigueur intellectuelle n’a pas échappé à ses contemporains, montre que la «Grande guerre» démarre en grande partie du fait de l’Allemagne et de son empereur Guillaume II. Paradoxalement, selon l’auteur de l’opium des intellectuels, la France, bien qu’elle eût intérêt à entrer dans la bataille, n’a pas été la plus enjouée à l’idée de s’étriper avec l’Allemagne au faîte de sa puissance. En revanche de l’autre coté du Rhin, Guillaume II a préféré la confrontation malgré un statu-quo continentale avantageux. Rien à voir donc avec une supposé culpabilité collective des nations. Le malheur de la première moitié du XXème siècle ne se résume pas tant à un excès de testostérone qu’à l’impossibilité de détromper la phrase Clausewitz: «la guerre est une poursuite de l’activité politique par d’autres moyens ».
Le problème de «demain, qui gouvernera le monde?» n’est donc pas de « penser Monde, penser Europe, penser Région » selon une hiérarchique de valeur très révélatrice de Monsieur Attali, mais plutôt de trouver ou d’affermir les outils qui donneront aux riches et pauvres d’un même pays, le sentiment d’appartenir à une même histoire donc de construire un destin commun. Sinon le monde sera éclaté entre les sachants et les non-sachants. Or “la politique, c’est quelqu’un ou ce n’est rien” comme le disait De Gaulle. Mettre encore plus de fonctionnaires, c’est rajouter du rien au rien…Beau projet.
Quels scénarios après la dissolution de la Belgique?
267 jours sans gouvernement. Un record mais aussi un état de fait: la Belgique disparaît.

En cause, encore et toujours, le différend linguistique entre communautés flamandes et francophones dans la banlieue de Bruxelles. Comment pourrait-il en être autrement? Dernier liant entre deux peuples, désormais irréconciliables, la double capitale, belge et européenne, est comme un enfant dont les parents, wallons et flamands, en instance de divorce, se disputeraient la garde.
Mais, le jour du mariage, ce couple avait il déjà une chance de survivre au poids des années? En d’autres termes, deux peuples qui, au départ ne prient le même Dieu et ne parlent la même langue, peuvent-ils être constitutifs d’une nouvelle nation? La réponse n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air. N’oublions pas que l’unicité du langage en France date des grands mouvements d’instructions orchestré par la III ème République, fin du XIXème siècle.
Remontons donc, succinctement, au jour du “mariage” des wallons et flamands en 1830 et même un peu avant.
15 ans auparavant, Bonaparte chutait. Le Royaume-uni, grand vainqueur, convainc la Prusse et l’Autriche de créer un état tampon rattaché aux Pays-bas afin de contrer une éventuelle hégémonie prochaine de la France. L’affaire rondement menée, les Royaumes-uni des Pays-bas naissent dans la foulée. Mais pas pour longtemps. Les “garde bourgeois” francophones, de Liège à Bruxelles, rejette cette nouvelle domination. Et ce, pour les mêmes raisons données par les indépendantistes flamands d’aujourd’hui: différence de langue et surtout absence de solidarité fiscale. Résultat, les bourgeois se révoltent pour recréer la Belgique.
Tout se passe à peu près bien pendant un siècle: les élites parlent français, condition préalable à la diffusion de la langue dans la population belge. Mais, au cours du XXème siècle, le mouvement s’inverse. Le particularisme flamand reprend des couleurs jusqu’à obtenir une reconnaissance dans les années 70. L’instauration du fédéralisme, dans la constitution belge en 1993, achèvera la déconstruction dans laquelle l’État belge s’est précipité, pour tomber dans le coma qui est le sien aujourd’hui. Un phénomène qui est loin d’être unique en Europe.
Partout où le fédéralisme tient de méthode de gouvernance, le pays se sépare: l’Espagne perd, peu à peu, la catalogne et le pays basque; la solidarité budgétaire n’existe déjà presque plus entre le Nord et le Sud de l’Italie. Enfin, grande question, la Grande-Bretagne existerait-elle encore si elle n’était pas une île, tant les particularismes géographiques sont puissants?
Mais après ce constat, quel avenir envisager pour la presque feu Belgique? Trois scénarios sortent du lot.
Premier scénario: Les wallons + Bruxelles restent indépendants.
Définitivement, la possibilité de devenir français n’enchantent pas les foules wallonnes et bruxelloise. La phrase «plutôt plonger dans un tube à essais que de devenir français» devient une expression courante. Baudoin II reste et restera donc le roi des Belges. Certes, sur un territoire réduit à peau de chagrin depuis le départ des flamands. Mais Alfred de Musset ne disait-il pas: “mon verre n’est pas grand mais je bois dans mon verre”. Bruxelles indépendante, ses habitants pourront cultiver ad vitam eternam un particularisme unique et uniquement tourné vers l’Union Européenne.
Deuxième scénario: Les wallons sans Bruxelles plaident pour le rattachement immédiat à la France.
Bruxelles est soit indépendante, soit sous souveraineté flamande. La Wallonie n’a donc plus d’atout. Réduite à peau de balle, entre le marteau français et l’enclume allemande, les wallons décident d’unir leurs destins à ce qu’ils connaissent le mieux: la France.
La Wallonie devient donc la 27 ème région française. Mais sa situation économique est exsangue. Seul une petite autonomie culturelle lui est accordé. En échange d’une aide substantielle de leurs nouvelles capitales, la wallons doit soumettre au maelström administratif français. L’assimilation à marche forcée.
Troisième scénario: les francophones, toujours sans Bruxelles, négocient l’intégration.
Bruxelles est toujours indépendante ou flamande. Les wallons ont préféré “lâché” Bruxelles afin d’éponger leurs dettes. Les Wallons sont désormais seul mais avec une bonne pension alimentaire. S’intégrer à la France? Pourquoi pas, mais pas à n’importe quel prix. Après 180 ans d’indépendance, les francophones chérissent leurs différences. Ainsi le rattachement ne se fait-il sans une sévère négociation.
Trois probabilités qui, elles mêmes, poseront, à termes, problèmes:
1/ Le français belge ne sera pas abandonné dans les classes wallonnes. La mode est au multiculturalisme. Difficile, dès lors, de se soumettre au modèle culturelle jacobin français. Malgré tout, la rue de Grenelle sera compréhensive sur le nouveau territoire. Mais tôt ou tard, il faudra choisir: “Droit à la différence” ou universalisme républicain.
2/ Le statut et traitement des élus. Logiquement, les députés wallons ne pourront tous devenir députés à Paris. Accepteront ils un poste conseillers régionale, sachant que le traitement est moitié moindre? Difficile d’imaginer l’ancienne classe politique souveraine accepter ceci.
3/ L’adaptation du système fiscal belge à celui de la France. Que faire de l’ISF, de la CSG et de la CRDS qui ne sont pas acquittés en Belgique? Comment adapter les droits de successions, faiblement taxés, dans le “plat pays” ? Doit-on supprimer le prélèvement libératoire qui intervient au moment du calcul de l’impôt sur le revenu belge? Et disons le tout de suite, en France, la tolérance ne réside pas dans l’administration fiscale.
En de termes plus simple, au cas où la Wallonie et la France choisirait de s’unir, les deux parties devront avoir conscience de la vision et de la force politique nécessaire afin de ne pas introduire les germes du fédéralisme, synonyme de maladie violente dans notre république censée être indivisible.

