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La conquête de Xavier Durringer
Pas un téléfilm mais presque….
Premier biopic d’un président de la République française en exercice, la conquête a, sur le papier, tout pour plaire: une distribution prestigieuse, un scénariste talentueux et, surtout, une histoire extraordinaire, celle d’un homme en politique qui, en route vers le pouvoir, perd sa femme au fur et à mesure qu’il s’en approche.
Denis Podalydes incarne à merveille Nicolas Sarkozy. Ni caricatural, ni fadasse, l’acteur formé à la comédie française, pousse la performance jusqu’à retranscrire subtilement les nuances de gris psychologique variant entre cyclothymie et état dépressif du candidat Sarkozy. Peu en sont capables. Tout aussi extraordinaire, Samuel Labarthe dans le rôle de Dominique de Villepin, conspirateur de pacotille, et Bernard Lecoq dans celui de Chirac, sorte de roi fainéant sur le déclin, qui rappelle une façon de faire de la politique déjà si lointaine.
Malheureusement le scénario n’est pas à la hauteur du jeu des acteurs. Les dialogues amusent mais ne magnifient pas, dans un sens ou un autre, la fonction politique à l’instar d’un Jean Gabin dans le président d’Henri Verneuil. On attendait la conquête de Sarkozy, son ressort profond, et on ne trouve que dîners et réunions avec collaborateurs, sans liens entre eux, hormis celui du fil de l’actualité et de ce fameux 6 Mai 2007. On attendait à du cinéma, on se retrouve avec un très bon téléfilm.
Bien entendu, les répliques mises dans la bouche de Chirac, Sarkozy, ou Villepin amusent. Toutefois, un film politique ne peut être la narration d’une succession infinie de calculs et de coups fourrés. “L’art du cinéma consiste à s’approcher de la vérité des hommes, disait Jean Renoir et non pas à raconter des histoires de plus en plus surprenantes” Or où est-elle cette vérité de l’homme politique?
S’attacher principalement aux coulisses comme l’a fait Xavier Durringer, c’est rater l’essentiel. Car le pouvoir se gagne dans sa représentation, lors de discours ou d’évènements extraordinaires. Obama n’est encore que le challenger d’Hillary Clinton avant son allocution sur les races en Amérique. De Gaulle n’est qu’un général factieux et anonyme avant son appel du 18 Juin. Sarkozy, lui, explose, pour le meilleur et pour le pire, en 2003 dans 100 minutes pour convaincre. Mais non! Xavier Durringer effleure, suggère, minimise l’évènement fondateur de sa candidature. Seul “l’après” dans la salle de maquillage l’intéresse. C’est pourtant ce soir-là qu’il “ringardise” la droite et la gauche réunies.
En définitive, Xavier Durringer n’a pas fait un film politique mais d’un homme en politique. C’est moins palpitant.
Voici mon référent. Pas comparable me dites-vous? Vous avez raison à ce ceci près que dans l’exemple qui va suivre, on parle politique:
Le president jean gabin bernard blier (part5) par marcellinrg
L’affaire DSK est-elle en train de faire perdre le PS?
Dans le flot continuel d’analyses des commentateurs de ce “dimanche noir” pour le PS, il y en a une, formulée par Maurice Szafran, directeur de Marianne, sur Itélé qui n’a pas retenue l’attention. Et pourtant…
«Sang-froid et dignité». Telle est la consigne de Nicolas Sarkozy à propos de la, désormais, célèbre et sordide “affaire DSK”. Sage décision. Car le scandale bouleverse immanquablement la donne politique et a pour première conséquence vérifiable de «recentrer” la personnalité de Nicolas Sarkozy.
Lui, le président des riches, du fouquet’s, du bling-bling, du bouclier fiscal, de la photo à Euro Disney; sans oublier les «casse-toi pov’con» et autres florilèges, responsables de sa chute dans le gouffre sondagier dont il connaît les moindres recoins. Lui, Nicolas Sarkozy, n’est plus le “pire”. Il est…normal.
«C’est honteux, ça n’a rien à voir avec la justice»
«L’ingratitude est un gain de temps». Fréderic Dard aurait dû faire de la politique ou, tout du moins, l’enseigner aux socialistes. Car, autant on peut comprendre l’émotion de Moscovici ou de Manuel Valls, autant la sortie de Jack Lang et son: «il n’y a pas mort d’hommes», censé fustiger la justice américaine, salira longtemps la morale socialiste. Encore que, s’il avait été le seul, peut être le flot médiatique aurait-il emporté cette saillie hasardeuse comme la mer charrie le sac plastique. Mais Robert Badinter renchérit: «c’est honteux, ça n’a rien à voir avec la justice». Un réflexe de classe ou «dérapage» pour beaucoup de français qui ne voient pas la justice américaine de cette manière. Déjà aujourd’hui, alors dans six mois? À l’heure d’Internet qui garde tout et n’oublie rien, les socialistes sont en bien en train de perdre «la bataille de la morale».
Sarkozy normalisé?
70% des socialistes ont beau être atteint de complotîte aiguë, la machine judiciaire pilonnera les fantasmes. Le fumeux évoluera en fait avant de ne revenir à son évidence première: une folie. Chaque jour perdu à «dénoncer la mise à mort médiatique», du camarade tombé sous le drapeau de la présomption d’innocence, renforcera Nicolas Sarkozy qui veut plus que tout, susciter moins d’attention parasite.
Et c’est déjà le cas. La preuve, avec l’officialisation, non maîtrisé, de la grossesse de Carla Bruni à 43 ans. Alors que l’Elysée craignait terriblement le torrent de commentaire bas de plafond, aucune vague ne s’est formé, pas même un clapotis, rien… L’après-DSK? Il a déjà commencé.
OFF de Nicolas Domenach et Maurice Szafran
«Aimer un être, c’est le rendre transparent». Si la jolie phrase de Racine dit vrai, alors Nicolas Domenach et Maurice Szafran dans OFF, vouent un amour profond à Nicolas Sarkozy, tant le président ressort «déshabillé» de ces 25 années de conversations journalistiques «privés». Une hypothèse saugrenue me direz-vous, à juste titre, quand on connaît la ligne éditoriale de Marianne. Pourtant le constat est indéniable: OFF n’est pas un brûlot anti-sarkozyste primaire. Et le dire, c’est déjà énorme! Car, extrait de cet a priori, le projet de Domenach et Szafran se révèle autrement plus simple et intelligent: démontrer, dans un style rythmé, incisif et moralisateur qui a fait ses preuves à Marianne, la “faillite” de l’homme public par le décryptage de l’homme privé. Tout un programme.
Mais comme tous les livres de «déballage», celui-ci pose un problème de taille. Pas quant à savoir si les auteurs avaient le droit d’utiliser leurs notes. Le journaliste reste maître de ses écrits comme la femme de son corps. Et Nicolas Sarkozy le sait très bien. Mais sur la conséquence qu’il aura sur la qualité du débat public. «Nous ne sommes pas, nous n’avons jamais été pour la transparence totale et immédiate qui conduit au mensonge radical» se défendent-ils… D’accord, mais comment la transparence «partielle» et «distanciée» peut-elle aboutir à une autre finalité que celle du cadenassage du discours politique? Honnêtement, je ne vois pas.
Il est vrai que OFF n’inaugure pas en la matière. Franz Oliver Giesbert avec «la tragédie du président» est le premier à ouvrir la voie. Et, comme le tandem Domenach/Szafran avec Sarkozy, FOG est intraitable avec son “sujet”. A la différence notable que, dans le cas de FOG, le règne de Chirac est à son couchant en Mars 2006. Le temps est au bilan et donc à l’Histoire. Sarko, lui, est au milieu du gué. Être ou ne pas être candidat? Telle est la question à laquelle le duo de Marianne a implicitement répondu.
Et c’est ça, le grand problème de OFF. Il ne peu convaincre que les convaincus. Les sarko-déçus de droite bloqueront sur les argumentations faiblardes comme l’exemple du cigare, censé démontrer, non pas l’égoïsme de Sarkozy – qui en douterait? – mais son «désintérêt totale de l’autre». Tellement risible que la suite du livre suffit à lui-même pour démontrer son contraire. De l’autre coté, les anti-sarko s’attarderont, à juste titre, sur sa brutalité verbale: “ils [les auteurs] font les gentils, mais ce sont des beaux enculés, oui.” Ou son obsession de l’argent: «quand je me retirerai de la vie politique, je deviendrai riche». Et tellement d’autres choses qui ne feront que confirmer leurs jugements initiales.
Malgré tout, dans OFF, on apprécie aussi de lire la “clairvoyance” de Dominique de Villepin, le rival, quand il annonce «l’explosion en plein vol du candidat trop fragile de l’UMP». On encore: « si Nicolas se présente à la présidentielle, ce sera pour faire 13% des voix au maximum comme aux Européennes » de 1999. On en oublierait presque qu’il a conseillé à Chirac la dissolution de 1997.


